lundi 17 novembre 2008

La dictature du bonheur dans l'entreprise

L'événement pourrait rester anecdotique : aujourd'hui lundi 17 novembre, les salariés français ont été invités à fêter leur entreprise, mieux, à l'aimer (!). Cette initiative fait écho aux messages d'une philosophie RH qui voudrait (r)établir avec les salariés un lien filial ou tout au moins affectif.
Pourtant, l'actualité de l'entreprise ces dernières années tend à démontrer l'inverse : licenciement de salariés ayant travaillé plusieurs dizaines d'années dans la même boîte, harcèlements ou pressions psychologiques pour toujours plus de résultats, dépressions voire suicides de salariés.

C'est cette vaste tartufferie que le livre "l'Open space m'a tuer" démystifie par le biais de saynètes amusantes mettant en scène la vie de jeunes (et moins jeunes) cadres.
Sa lecture en est agréable. Même si, au départ, on peut buter sur le jargon d'acronymes et de raccourcis ("reco"), le lecteur prend rapidement le pli.
Le mélange est bien dosé entre les saynètes, les commentaires et les petites piques sur la vie de cadre.
De l'ambiance faussement décontractée à la formation qui ressemble à une assemblée d'alcooliques anonymes, les scènes de la vie du cadre sont bien rendues.
Surtout, le livre dénonce cette cool-attitude quasi-obligatoire : tout le monde doit paraître heureux d'être là ; le moindre signe de faiblesse est mal interprété et peut conduire à une mise à l'écart.

Non, l'entreprise n'a rien de sympathique a priori. Le salarié est d'abord là pour recevoir l'argent qui le fait vivre lui et sa famille. Soutenir alors qu'il y a aussi de l'affectif dans sa relation avec l'entreprise procède donc de la naïveté ou du mensonge.

Quant à ceux qui se posent un tantinet la question sur le sens de leur travail, ils peuvent utilement se plonger dans le livre. Sa critique du système très salutaire ouvre d'autres perspectives.

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