Autant le dire tout de suite : le positionnement du Front national version Marine Le Pen a de quoi étonner.
Autant Le Pen père comme Bruno Goldnisch représentaient l'extrême-droite traditionnelle avec ses vieux réflexes, son libéralisme forcené, ses dérapages antisémites, autant le FN version Marine paraît beaucoup plus curieux.
Dans le programme économique d'abord, l'anti-européanisme de la fille diffère de celui du père : là où la dépendance aux fonctionnaires de Bruxelles et l'ouverture des frontières à l'immigration justifaient selon Jean-Marie une sortie de l'Europe et un retour au franc, Marine dénonce d'abord le dumping social européen et mondial, responsable du chômage de masse chez nous. Serait-ce la même chose ? Pas vraiment. D'un côté, la nation comme seule planche de salut, grand classique de l'extrême-droite traditionnelle ; de l'autre, la dénonciation d'un mondialisme des élites beaucoup plus proche des alter-mondialistes et de l'extrême-gauche.
La différence s'accentue en ce qui concerne la politique fiscale. A la dernière élection présidentielle, le FN proposait semble-t-il un programme presque thatchérien avec une fiscalité autour de 20% pour tous, toujours très extrême-droite. Le "FN Marine", lui, présente un programme beaucoup plus social ; l'Etat n'est plus présenté comme le vilain prédateur des richesses de chacun mais comme un protecteur. On entendrait presque Besancenot ou Mélenchon si la voix n'était caractéristique !
Côté rapport aux étrangers, certains ne se sont pas privés de dire que la haine du musulman a remplacé l'antisémitisme du père (http://www.liberation.fr/politiques/01012308312-le-peril-marine-le-pen ). Pourtant, le propos de Marine Le Pen est autrement plus fin et, en l'espèce, elle est surtout intervenue pour protester contre les prières de rue. Or, rappelons-le, celles-ci se déroulent illégalement puisque, sauf erreur, les préfets doivent autoriser ces manifestations. En l'occurrence, toute autre organisation de gauche républicaine aurait pu (et dû) protester sur ce sujet.
Quant à la qualifier d'"occupation"... bof.
Côté moeurs, là encore, la jeune femme divorcée se démarque des traditionnalistes qui ont suivi son père. Sauf... pour la peine de mort à laquelle elle est favorable, après adoption par référendum.
Au total, voilà une fille bien différente du père mais qui n'arrive pas à se débarrasser de l'ombre de celui-ci.
En résumé, comme disait un éditorialiste, nous commencerons à faire confiance à Marine Le Pen le jour où elle aura exclu son père de son parti.
Par conséquent, nous préférerons très largement Nicolas Dupont-Aignan, dont la posture républicaine n'a jamais fait défaut, ou bien J-Luc Mélenchon, à condition qu'il réfléchisse à deux fois avant de légaliser tous les sans-papiers et qu'il nous explique l'alliance (!!??) qu'il envisage entre la France et la Chine.
dimanche 17 avril 2011
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