Depuis quelques temps, les commentateurs économiques comme les hommes politiques ont pris pour cible les agences de notation – il en existe trois majeures : Standards & Poors, Moody´s et Fitch, les deux premières sont américaines, la troisième francaise – au motif que les notes qu´elles donnent de la solvabilité des états font le jeu des spéculateurs plutôt qu´elles ne reflètent la réalité de leur endettement. Allant plus loin qu´une simple critique, beaucoup proposent de les « encadrer », rappelant pernicieusement que ces mêmes agences ont été au centre de la crise des subprimes en donnant des certificats de solvabilité à des produits financiers construits en réalité sur des prêts à des particuliers qui ne pouvaient rembourser.
Bien sûr, nous n´allons pas dans ces lignes justifier l´un des éléments clefs d´un système financier international abandonné à la spéculation. Cependant, on peut se poser la question de l´utilité et de la faisabilité d´une telle mesure.
Hélas, trois fois hélas, ces agences de notation sont incontrôlables.
S'il paraît légitime de demander à ce que ces agences soient indépendantes de ceux qu´elles notent mais, dans ce cas, qui doit les payer : les états ? Ils sont notés eux aussi. Le FMI, institution internationale principalement financée par les Etats-Unis ? Au pays du capitalisme roi, on imagine mal l'état américain "nationaliser" une activité au coeur du système financier ! Au pire pour lui, le "marché" comme on dit trouvera une autre solution, créera d'autres agences.
Autre question soulevée : les états européens considèrent qu´elles font le jeu des spéculateurs avec des notes qui aggravent leur situation financière car elles renchérissent mécaniquement le coût de l´argent qu´ils empruntent. C´est certes une bonne question, mais là encore à moins de les faire taire et dans ce cas, leur nier une forme de liberté d´expression, on n'y peut rien.
Faut-il par ailleurs rappeler qu´une agence de notation, nommée Dagong, a été créée en Chine pour concurrencer ces trois fameuses agences occidentales que les créanciers asiatiques considèrent par trop indulgentes pour leurs pays d´origine. L´Europe ne va quand même pas demander à la Chine de « réguler » ces impudents ?!
D´ailleurs, mentent-elles tant que ca ? Si elles mentaient ou se trompaient autant, personne ne les écouterait. En réalité, elles "parlent" le langage des investisseurs, des banquiers et des spéculateurs, simplement. Un langage dont les réseaux informatiques sont le vecteur, où la confiance est le maître mot, où les risques sont mis en équation et... où le travailleur, le salarié, le retraité ne sont que des nombres.
Finalement, dans ce système pourri où une rumeur publiée dans un tabloïd anglais a provoqué la chute en bourse d'une grande banque française, on pourrait presque se demander si ces agences de notation ne sont pas un moindre mal...
La météo économique est mauvaise ? Changeons les météorologues ! Voici en l´espèce la dernière idée en vogue pour s´en sortir mais qui ne mènera à pas grand-chose.
Non, c'est bien le système qu'il faut changer et la spéculation qu'il faut interdire.
Utopiste ? Allez donc voir ici, le blog de Paul Jorion, l'esprit libre.
samedi 23 juillet 2011
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