mardi 6 septembre 2011

"finis franciae" ? (la France est-elle finie ?) de JP Chevènement (1)

(1- le bilan)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un obscur maréchal sudafricain prononcait le verdict sans appel : "finis franciae" (la France est finie). Près de soixante-dix ans plus tard, J-P Chevènement reprend cette affirmation sous forme de question dans un essai politique que tout un chacun gagnerait à lire pour comprendre la crise économique et morale d´aujourd´hui.

En remontant dans le temps et en nous renvoyant à l´expérience traumatisante de la défaite de 1940, il nous explique pourquoi Francois Mitterrand a pu croire que l´Europe était notre seule planche de salut, quitte à l´abandonner aux principes néo-libéraux.
On comprend que Francois Mitterrand ne croyait plus ni à la possibilité d´une politique de gauche dès 1983 ni à la capacité de la France à s´en sortir sans s´atteler à l´Allemagne et à sa formidable puissance économique et monétaire.
Francois Mitterrand, poussé en cela par Pierre Mauroy, Jacques Delors et les inspecteurs des finances de Bercy et de Matignon, avait trouvé un nouvel horizon indépassable, l´Europe, qui lui permettait d´éradiquer ce nationalisme, coupable impardonnable d'après lui des guerres passées.
Le livre égrène alors la plongée, étape par étape, dans le néo-libéralisme, émaillé de citations de J.Delors, terriblement cruelles pour celui que nombre d'européistes ont quasiment béatifié.

1983 : virage de la rigueur. La gauche francaise a capitulé en 1983 sans s´être battue, déplore avec raison J-P Chevènement. La France en abandonnant une nouvelle dévaluation du franc au sein du SME se refuse à rééquilibrer l'avantage monétaire dont dispose l'Allemagne. Depuis, avec l'euro, celui-ci n'a fait que s'aggraver à notre détriment. Delors, bientôt président de la Commission européenne, dirige la conversion de l'Europe au néo-libéralisme.

1985 : signature de l'Acte Unique qui prépare la totale libéralisation des échanges des capitaux, y compris ceux issus d'états extra-européens, par exemple des paradis fiscaux. Les fonds d'investissement peuvent désormais spéculer en toute tranquillité sur notre économie sans aucune barrière. A contrario, rappelons que le Français moyen qui effectue très épisodiquement une opération immobilière est naturellement taxé. Quand on pense qu'aujourd'hui que tout le monde se précipite pour demander une taxe sur les flux financiers, alors qu'il aurait suffit que Mitterrand refuse d'ouvrir la boîte de Pandore...
JP Chevènement montre aussi le caractère profondément anti-démocratique de cette signature qui a été effectuée sans en expliquer les tenants et les aboutissants non seulement à la population mais aux ministres dont il était !!! Ce n'est que plus tard que l'obscur document de 300 pages devait lui livrer ses secrets.

1993 : le traité de Maastricht entérine la création de l'euro et de la Banque Centrale Européenne. Entre-temps, Mitterrand qui espérait négocier l'harmonisation fiscale en échange de l'ouverture des frontières avait capitulé devant Kohl et Thatcher. Là encore, il avait pris cette décision seul, contre l'avis de Bérégovoy et de bon nombre de socialistes.
Alors que les Anglais eux-mêmes souhaitaient une monnaie internationale autour de laquelle auraient évolué les monnaies nationales, J.Delors, reprenant l'idée du président de la Bundesbank, proposait une monnaie unique, qui allait devenir l'euro.
Là encore, Mitterrand, obnubilé par la volonté d'attacher la France à ce nouveau mark, faisait le forcing auprès de Kohl pour obtenir un engagement d'une date de passage à la monnaie unique.

Vingt ans après, les "grands européens" Mitterrand et Delors apparaissent avec le temps comme les "idiots utiles" (pour paraphraser Marx) du néo-libéralisme et du thatchérisme. Même si JP Chevènement prend bien soin de placer la réflexion du premier dans le contexte d'une histoire personnelle marquée avant tout par la guerre et par la défaite.
L'ouverture des frontières et les délocalisations qui s'ensuivront sont les filles directes de l'Acte unique.
La crise de l'euro remonte à Maastricht, où le choix d'une monnaie unique et d'une banque centrale européenne indépendante des politiques et objectivée sur la lutte contre l'inflation sont l'expression de la seule volonté et des seuls intérêts allemands.

0 commentaires: